Citoyens d’une société numérique
Accès, Littératie, Médiations, Pouvoir d’agir
pour une nouvelle politique d’inclusion

Un texte repris de l'introduction du rapport : http://www.a-brest.net/article14437.html
Par Michel Briand élu (1995-2014) sur Brest et membre du conseil national du Numérique

En moins de 20 ans, le numérique participe à la transformation de la société française dans le travail, la relation aux autres, les services, l'accès aux loisirs, à la culture, aux savoirs. La question de l'inclusion ne se réduit pas à l'usage des outils, elle désigne la capacité à fonctionner comme un citoyen actif et autonome dans la société telle qu’elle est. L’enjeu n’est pas de savoir combien de personnes utilisent le numérique ou non, mais plutôt de savoir quelles sont les personnes mises en difficultés, comment accompagner leur émancipation. L'inclusion numérique ne concerne pas seulement des publics fragiles et isolés socialement mais nécessitent aussi une e-inclusion des décideurs dans une société marquée par une organisation verticale et en silo, une e-inclusion qui permettent d'augmenter le pouvoir d'agir du plus grand nombre. De nombreuses initiatives s'appuient sur le numérique pour reconquérir l’estime de soi, sortir de l’exclusion, retrouver des sociabilités, stimuler des comportements créatifs, inventer des actions solidaires et des reconfigurations démocratiques, outiller des projets personnels ou collectifs, recréer de la proximité et du lien humain sur les territoires.

Aujourd’hui le choix du numérique avec tous ou pas engage notre avenir. L’inclusion numérique est devenue une condition indispensable du plein épanouissement de l’individu, mu par le désir d’apprendre et d’entreprendre, et comme la condition d’émergence d’un nouveau "vivre ensemble". Relevant des innovations sociales, ou des innovations par la société, par le social, par les communautés agissantes, ces projets portés par des collectivités, des associations et parfois des entreprises, débordent largement l’enjeu de l’usage du numérique. Celui-ci devient, non plus la fin, mais le moyen, le truchement par lequel se réinventent des formes collectives, contributives, et se révèlent les moteurs de ce que pourrait être une démocratie réellement inclusive.

En complément de la question de l'accès (équipement, connexion des personnes et des territoires) nous avons identifié trois leviers qui peuvent y contribuer

Premier levier : la littératie, au-delà de l’usage

Pour monter dans l’ascenseur social numérique, il faut commencer par savoir manipuler les outils et les concepts fondamentaux du monde numérique dans lequel on vit : c’est l’enjeu de la "littératie numérique". L’OCDE la définit comme « l’aptitude à comprendre et à utiliser le numérique dans la vie courante, à la maison, au travail et dans la collectivité en vue d’atteindre des buts personnels et d’étendre ses compétences et capacités ».


Second levier : le pouvoir d’agir, accélérateur de transformation sociale

L’objectif ici est de développer le « pouvoir d’agir » (traduction de l’empowerment) de chaque individu dans ses 3 dimensions :
  • « le pouvoir de », qui passe par un développement individuel d’habiletés et de compétences personnelles (développer la confiance en soi, l’estime de soi, le sentiment d’utilité, le sens critique ..
  • « le pouvoir avec », qui est cette fois-ci collectif et repose sur la capacité à agir avec les autres, la solidarité, la constitution de force collective ;
  • « le pouvoir sur », qui est le pouvoir politique, qui repose là aussi sur l’action collective pour agir sur son environnement, pour le transformer.


Troisième levier : les médiations, dans tous leurs états

La médiation, associée à la question de l’e-inclusion, est souvent pensée comme une étape transitoire pour accompagner les utilisateurs pour les aider à s’emparer du numérique, à en apprivoiser les usages or la quasi-totalité des services va dans l’avenir avoir de plus en plus besoin de médiations humaines avec les usagers et de plus en plus d'activités au travail, dans la formation, la consommation, la vie personelle et sociale sont de plus en plus transformées par le numérique. Nous devons acter la pérennité des besoins dans leur diversité installer durablement ces fonctions de médiations sur les territoires.

Une transformation sociale à accompagner

Pour répondre à cette ambition, nous avons besoin d’actualiser nos politiques en matière sociale, d’éducation, d’économie, d’aménagement du territoire, de services publics. Mais aussi de mettre à jour nos méthodes : nos manières de débattre ; de décider pour la collectivité ; de concevoir et délivrer des services essentiels ; de produire et gérer des biens communs

L’inclusion dans une société où le numérique est omniprésent ne relève plus des spécialistes du numérique : elle doit être un projet politique porté à tous les niveaux. Le numérique ne peut plus être pensé uniquement sous ses dimensions techniques ou économiques, mais comme un moteur pour "faire société", c’est-à-dire pour résoudre ensemble les problèmes collectifs d’aujourd’hui et tracer les chemins de l’avenir.

Ce sont cette analyse et les propositions concrètes du rapport que nous proposons de présenter en l'illustrant de quelques exemples issus de 19 années d'animation d'une politique publique du numérique à Brest.


Michel Briand élu (1995-2014) sur Brest et membre du conseil national du Numérique

Un texte repris de l'introduction du rapport : http://www.a-brest.net/article14437.html

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