Coopérations villes et montagnes

Format d'animation : Atelier « World Café » en 3 temps
Animé par... : Louise Didier et Laurence Malaret
Auteur·e de la présente restitution : Laurence Malaret
Compte-rendus ou éléments saillants de l'atelier : Groupe : 9 personnes (composé de personnes d’origines et aux fonctions diverses)
Il est proposé au groupe de se diviser en 3. 3 personnes par paper-board pour réfléchir à une question en 15mn. Chaque groupe a un secrétaire participant, un « hôte » qui prend en note les discussions et résume au groupe suivant la discussion précédente, afin de poursuivre la réflexion. Pour en savoir plus sur la méthode du World Café clique ici .

Ce temps consistait à traiter 3 questions, écrites sur chacun des paper-board posés sur 3 tables séparées :
  • • Qu’est ce qui donne le DESIR de coopérer? Question volontairement générale et principale
  • • Comment FAIRE ensemble entre villes et montagnes?
  • • Quels sont les FREINS et FACILITATEURS dans les coopérations villes/montagnes

A l’issue des 15mn, le second temps permet une restitution fournie par les hôtes de façon synthétique, de l’ensemble des réflexions question par question.

Le troisième temps propose un rebond théorique par la personne à l’origine de l’atelier.

Qu’est ce qui donne le DESIR de coopérer?


Vocabulaire : Désir? (derrière éros, corporel) envie ou besoin?
Notion de "nécessité profonde". La coopération n’est pas un gadget ou un fonctionnement imposé. Coopérer est une action volontaire « symbiotique ». On garde ainsi le sens de la coopération.

Que met-on derrière le désir? des désirs

Sentir, dans le fait de faire partie d’un groupe, qu’on est légitime : notion d’appartenance.
Aller au-delà de ce qu’on peut faire individuellement : intelligence collective, ce qui sous-entend le besoin de l’avoir observé, comprenant l’importance des traces par les témoignages de coopérations, ou le vécu, par les expériences irréversibles de coopérations « état de flow ».
Joie, satisfaction de faire au-delà du résultat, à travers le travail réalisé avec des gens que nous apprécions, sur des rencontres qui ont leur propre rythme à respecter (notion de temps et rythme).
Enrichissement, par la nourriture intellectuelle.
Attachement à une identité culturelle.
Sortir de son isolement, de sa zone de confort.

Expériences

Association avec des gens qui viennent de la ville pour des ateliers à la ferme ou encore AMAP.
Complément post-atelier (Laurence) : Vis ma vie de… des temps proposés par des Pnrs et leurs partenaires pour favoriser l’échange entre urbains et montagnards dont les métiers se font en montagne, paysans, bucherons, charpentiers…

Donner le désir de coopérer implique de :

Sortir des représentations, idées pré-concues (ruraux/néo-ruraux).
Faire front commun vis à vis du « contre » pour faire projet.
Partager, impliquant le fait de rendre visible et de créer des ponts entre villes représentant la diversité et l’ouverture et les montagnes.
Trouver le « bon » de chaque territoire, sans pour autant uniformiser, à valoriser comme des atouts.
Valoriser les expériences des deux territoires sans renoncer aux atouts respectifs.

Post-atelier (Laurence : comment le mot désir au travers de nos réflexions vient alimenter les coopérations) :
« le mot « désir » est un mot reliant nos êtres à notre façon d’agir, qui dans les coopérations fait référence à un acte de « sens » et fait appel à la notion d’appartenance à un groupe, une capacité à observer, appelant également le vécu, les expériences dans le faire ensemble. Il nous invite à sortir de notre zone de confort, nos représentations, notre isolement pour faire projet ensemble sans renoncer à nos spécificités respectives. »

Comment FAIRE ensemble entre villes et montagnes?

Se comprendre, se connaitre/Casser les préjugés.

Faire dialoguer métropoles et (/) territoires ruraux.
L’équilibre des déplacements « Flux » Ex : pour les AMAP urbaines et montagnardes les réunions se font toujours en ville > Il y'aurait un équilibre à trouver et + de réunion à organiser dans les montagnes.
Pour trouver l’équilibre, il est nécessaire de relier les points de vues, les différents réflexes et repères pour s’adapter les uns aux autres.
Acter les complémentarités, les réciprocités passant par exemple par les lieux de consommation pour les ruraux et lieux de loisirs pour les urbains > Réflexion post-atelier (Laurence) : carto participative? outils graphiques en support?
Trouver un liant avec toutes les disparités dans une même entité administrative, ce qui induit la création d’une nouvelle identité (ni urbaine, ni montagnarde) qui consisterait à surmonter les limites administratives et géographiques.
S’appuyer sur davantage d’acteurs de la « société civile » passant par la création d’un « cluster » de ressources.
S’offrir + de convivialité passant par la création d’évènements inclusifs pour sortir de l’entre-soi des « convaincus ».

Circulations des personnes

dans le sens d’une complémentarité entre les Alpes du Nord et les Alpes du Sud, sur les questions de transports en commun de mauvaise fluidité et non écologiques >

La question de l’échelle est posée : la ville? ex : Gap, Barcelonnette? ou Hautes-Alpes, Grenoble?
Création de plates-formes locales pour « permutualiser » (semi covoiturage, semi stop)
Création de système d’autopartage en réseau plus vastes, passant par une évaluation des solidarités à une échelle plus vaste, la création de SCICs…

Circulation pour les loisirs, le tourisme et les activités

Rééquilibrage des activités, par le maintien et le renforcement de la ligne de train Gap-Grenoble
Un maillage de trains plus importants et rendant plus accessible les métropoles pour désengorger les polarités
Les Alpes cumulent des contraintes géographiques, d’emplois et sociales
Revoir les conditions d’accueil des populations, sur les questions d’accès au foncier
Reprise de terres pour en faire des biens communs

Inverser les tendances

Sur les services publics en faisant des économies de moyens et de priorités en faisant des choix politiques (communs)
Tourisme > MS (?) + TC (sigles à clarifier) éviter les nuisances
Mixer les services publics et devenir plus inclusif dans la gouvernance avec plus de démocratie directe et une représentation des usagers pouvant être force de mobilisation et de proposition
Favoriser les éco-interdépendances pour le tourisme dans les services de 0 à 1 km.

Post atelier (Laurence) : Ce « comment faire » fait surgir la nécessité de développer un volet important d’interconnaissance entre les habitants des différents territoires à l’échelle de bassins de vie, de travailler sur la circulation des personnes mais aussi sur les déplacements thématiques liés aux loisirs ou aux activités, ainsi qu’une volonté de transformer la manière de faire dans la gouvernance liée à l’organisation des services publics.

Quels sont les FREINS et FACILITATEURS dans les coopérations villes/montagnes?

Les groupes se sont exprimés à partir d’exemples concrets liés à leurs expériences de vie.

Le premier frein est visible dans le slash entre villes et montagnes.

Mais d’entrée de jeu, est posée la question de définition, qu’est-ce q’une ville et qu’est-ce que sont les montagnes. La question de seuil, en nombre de personnes, peut-elle être posée pour les coopérations? Autant les montagnes se démarquent par leurs spécificités liées au climat, différence de température mais aussi de services ou d’accès. Autant la ville se démarque par l’anonymisation due à la masse de personnes y résidant.

MAIS il semble important d’ACCEPTER une géométrie variable. Si nous prenons l’exemple de Dignes (ville de 16 000 habitants au recensement de 2017), il s’agit de la campagne pour Aix en Provence et d’une ville pour les villages l’entourant. Il reste important de définir les villes comme les montagnes, sachant qu’un ensemble ville & montagnes finit par faire un grand territoire.

Qu’est-ce que la coopération entre une ville et des montagnes? Si nous considérons que les coopérations se formalisent par des accords, nous pouvons considérer que les dispositifs qui en découlent peuvent être autant de freins que de facilitateurs. Ces coopérations se formalisent au travers d’accords (politiques) passés dans une commune, une Communauté des Communes, un bassin de vie (échelle facilitatrice) pour fournir des moyens et des services à la population. Le bassin de vie a une dimension locale. Est-ce que la dimension locale d’une ville égale la dimension locale des montagnes? Cette question fait surgir la question de réciprocité entre les deux espaces, si nous voulons considérer un ensemble ville et montagnes comme étant local.

Mais ces accords se font entre des territoires différents, compte tenu d’un passif, d’un ancrage humain pour l’intérêt général important dans les montagnes où vivent des gens qui se connaissent bien et un territoire urbain dans lequel les gens se connaissent moins. Mais attention aux idées reçues et préjugés car le rural se transforme, aujourd’hui habité par une population d’origine urbaine. Si nous regardons le secteur de Grenoble, entre la ville centre et les montagnes, il y a un espace d’interface (voir les travaux de Martin Vanier à ce sujet) dans laquelle les deux cultures pourraient être qualifiées avec prudence (compte tenu d’une transformation des espaces par l’origine de ceux qui y habitent) de « rurbaines » montagnardes et urbaines se croisent jouant un rôle d’intégration (cf. différent sur Rururban /terroir : MCDR Mobilisation Collective pour le Développement Rural, traitant la question alimentaire et du lien ville-campagne à ne pas confondre avec Rurbance Rural Urban Governace - Voir aussi Terres en ville).

Cette perception d’un espace multiculturel serait due à l’échelle. Si nous regardons la ville de Briançon, ville d’altitude (située à 1326m alt.). C’est une ville faite d’espaces de montagnes, nourrie des montagnes, marquée d’une identité forte, identité facilitatrice de coopérations. Le lien ville & montagnes se fait par la connexion des besoins de la villes et des montagnes qui serait facteur de coopération (cf. Voir la fresque de Julien Dossier, co-auteur de « Paris change d’ère » ou une vision de Paris à 2050 pour réussir la neutralité carbone. Fresque audio : https://www.renaissanceecologique.fr).

Au final, nous aurions autant de freins que de facilitateurs dans les coopérations, villes et montagnes mais si nous avons une vision séparée de ces différents espaces, composant les villes et les montagnes, des territoires, des bassins de vie construits par leurs habitants, nous ne favorisons pas la possibilité de créer un écosystème économique construit sur la base d’une économie interdépendante.

Rebond théorique bref

Laurence, à l’origine de l’atelier, réalise actuellement un travail de thèse, à mi parcours, portant sur les coopérations montagnes et métropoles. Ce travail intègre les « communs » comme capacité à co-agir (se référant aux travaux théoriques de Elinor Ostrom portant sur la gouvernance des biens communs, abordés par ailleurs sur ce temps collectif Moustic, par Bernard en conférence gesticulée), ainsi que les travaux de Pierrre Dardot et Christian Laval, pour les principales références. Les coopérations territoriales, s’appuient sur quelques définitions que nous retrouvons dans l’ouvrage « un monde en recomposition, géographie des coopérations territoriales » sous la direction de Michel Bussi. Des coopérations subsidiaires (politiques) et communautaires (identitaires) que nous voyons clairement et naturellement apparaître dans les réflexions de cet atelier, et les coopérations stratégiques (économiques) qui apparaissent en filigrane ou plus subtilement. Chacune de ces coopérations prise indépendamment l’une de l’autre comporte des risques, entre autres celui du « repli sur soi » pour les coopérations communautaires, le risque d’un « esprit de compétition » favorisant les inégalités socio-spatiales surpassant l’esprit coopératif dans les coopérations stratégiques et le risque d’opportunisme ou technicisme que comporte les coopérations subsidiaires Le repérage des références en la matière laisse apparaitre un déficit, et des pistes à explorer portant sur l’observation des coopérations combinatoires. Ce travail de thèse, de donne comme objectif cette exploration pouvant faire apparaitre de nouvelles coopérations, et prévoit d’observer et d’analyser les coopérations formelles donnant lieu à l’établissement d’accords autant que les coopérations informelles, moins visibles et mouvantes dont nous ne savons pas ce qu’elles fabriquent, mais nourrissant les démarches coopérantes. Ces observations se font sur le terrain de la ville et des montagnes, dans un premier temps sur le secteur grenoblois, Une enquête est en cours auprès de collectifs, des immersions se font sur des temps organisés par des collectifs de type Moustic. Ces observations se poursuivront par la mise en place de focus groupe à la suite de l’enquête de terrain.

Ce rapide temps d’échange nous permet de tirer le fil d’un écheveau et de tisser des réponses sur la question « qu’est-ce qui donne le désir de coopérer? » entre habitants des montagnes et des villes. Nous pouvons continuer à tirer ce fil afin et alimenter l’écheveau, pour construire une trame autour des coopérations entre villes et montagnes.
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